Diplomatie

Diplomatie n°46

Le Quai d’Orsay est touché par la crise. En 2003, la première grève dans l’histoire de cette vénérable institution portait la grogne de son personnel face aux coupes sombres opérées dans le budget du ministère. Sept ans plus tard, deux anciens ministres des Affaires étrangères, Hubert Védrine et Alain Juppé, prennent la plume dans un grand quotidien national pour interpeller l’opinion publique (1). Certes, la crise économique requiert quelques économies. Mais faut-il pour autant supprimer au ministère des Affaires étrangères trois emplois sur quatre départs en retraite, soit plus que la règle générale d’un sur deux, d’ici 2013 ? La diminution des moyens implique-t-elle une réorientation des ambitions internationales de la France ? En toute logique, l’intendance doit s’adapter aux choix politiques et non les précéder. Dès lors, une question se pose : la France a-t-elle revu sa politique étrangère ? Si tel n’est pas le cas, quelle est la situation de son outil diplomatique, à l’heure où le chef de l’État annonce devoir réaliser 10 milliards d’euros d’économie d’ici 2012 ?
Face à la multiplication des écrits pointant l’affaiblissement du Quai d’Orsay, Diplomatie a choisi d’éclairer le débat. Le temps n’est pas à la polémique, car c’est en réalité une remise en cause fondamentale de ses missions que s’apprête à connaître le Quai d’Orsay. Aux coupes sombres s’ajoute en effet le déploiement effectif du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) prévu par le traité de Lisbonne. L’Union européenne commencera à déployer cet outil diplomatique à partir de décembre 2010. Il reste quelques semaines à la France pour conforter ses diplomates, affûter ses outils et préparer ses dossiers. Car le renforcement diplomatique – espéré – de l’Europe ne fera pas disparaître pour autant les rapports de force entre États membres de l’UE, et dans de nombreux endroits du monde, ces derniers se révèlent davantage concurrents que partenaires…

(1) « Cessez d’affaiblir le Quai d’Orsay ! », Le Monde, 6 juillet 2010.

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Diplomatie n°45


Au titre des effets imprévus de la crise, la redistribution des rapports de forces entre anciens pays riches et anciens pays pauvres pointe sous chaque étude économique. La plus récente, rendue publique par l’OCDE le 16 juin 2010, précipite davantage l’heure du « grand basculement » de la richesse vers l’Asie. « En 2000, les 34 pays de l’OCDE produisaient 62 % des richesses. Aujourd’hui, nous ne sommes qu’à 51 %. À l’horizon 2030, l’ensemble des pays émergents et en développement produiront 57 % de la richesse », indique Angel Gurria (1).
La promotion de ces anciens « pauvres » au palmarès des pays-phares de la richesse mondiale s’accompagne d’un lissage de leur dénomination (on ne parle plus de « Tiers Monde », bien trop péjoratif) et d’un brouillage de leur définition : peuvent-ils être à la fois en développement et plus riches que certains pays développés ? Voire plus puissants ? Ou du moins plus présents sur la scène mondiale ?
Ces nouvelles puissances, décomplexées de toute allégeance envers Washington pour peu que la critique d’un Occident impérialiste cimente leur opinion publique, portent désormais un regard alternatif sur les relations internationales.
Brésil, Chine, Inde, Afrique du Sud, Turquie plus récemment, Iran prochainement, peuvent arguer de ne plus avoir de leçons à recevoir d’un Occident qu’ils considèrent comme la source des faillites économiques (et morales) mondiales.
Les récentes crises qui ont ébranlé les économies des pays développés, ont ainsi transformé en profondeur les rapports de force entre anciennes et nouvelles puissances bien plus fortement que le firent les guerres du XXe siècle ou les bouleversements géopolitiques post-guerre froide. Ce numéro de Diplomatie s’inscrit dans cette perspective, en cherchant à apporter un regard neuf sur ces nouvelles puissances et sur les contours de leurs futures alliances géopolitiques.

(1) Secrétaire général de l’OCDE, voir www.oecd.org

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Diplomatie n°44

La population mondiale compte plus de 6,8 milliards d’êtres humains en 2009. Chaque jour, on compte 353 015 naissances pour 158 857 décès. Ces estimations sont sans doute sujettes à discussion, la plupart des pays n’ayant pas les moyens de réaliser des recensements réguliers ni fiables. Elles dessinent cependant les contours d’un des plus grands défis de notre siècle.
Pour recenser une population estimée à 1,2 milliard d’habitants, le gouvernement indien dépêche depuis le 1er avril 2010 près de 2,5 millions de fonctionnaires à travers 35 États, 640 districts et 600 000 villages, et ce, jusqu’à fin 2010. New Delhi déboursera ainsi 900 millions d’euros pour ce « plus grand exercice depuis la création de l’humanité », comme l’annonce avec fierté le ministre indien de l’Intérieur.
Un grand recensement décennal est également lancé cette année aux États-Unis, avec pour objectif premier la distribution des 400 milliards de dollars de subventions fédérales et la répartition des 435 sièges à la Chambre des représentants. Les démographes s’attendent à voir passer la part des naissances dans les minorités immigrées au-dessus de la barre des 50 % (contre 37 % en 1997). D’ici quarante ans, les États-Unis auront franchi un cap, celui de continuer la course dans le peloton de tête des pays les plus peuplés de la planète tout en ayant changé radicalement de société.
Au-delà des chiffres constatés ou des projections, l’objectif des États est d’accéder (comme l’Inde) ou de se maintenir (comme les États-Unis) aux premières loges des instances de régulation de la géopolitique mondiale. Comment interpréter l’évolution de la population mondiale, quelles sont les clés géopolitiques actuelles et les enjeux stratégiques des États ? C’est tout l’objet du dossier de ce numéro de Diplomatie.

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Diplomatie n° 43

Rivalités croissantes entre Washington et Pékin, enlisement des Occidentaux en Afghanistan, ballet chaotique des grandespuissances sur la scène iranienne, conflits indéfiniment gelés au Moyen-Orient… autant de crises potentielles qui focalisent continuellement l’attention des médias et des analystes internationaux.
Les États-Unis sont partout, mais paradoxalement, les enjeux géopolitiques qui pèsent sur leur propre continent, du Mexique à la Terre de Feu (soit un demi-milliard d’habitants), sont rarement présentés comme susceptibles de modifier en profondeur un quelconque équilibre international. Ce qui n’a pas empêché le projet d’une Union de l’Amérique latine et des Caraïbes (regroupant tous les pays latino-américains, du Chili au Mexique) de mobiliser l’attention de tous les diplomates présents à Playa del Carmen lors du 2e sommet Amérique latine-Caraïbes (ALC) en février dernier. Et pendant ce temps, le Brésil et le Mexique, géants économiques et démographiques de la région, avancent leurs pions sur un terrain diplomatique difficile et sur fond de crise économique et financière.
En 2010, l’agenda électoral latino-américain risque en effet de marquer la fin d’une décennie dominée par la gauche, le changement de majorité au Chili fin 2009 étant présenté comme annonciateur d’un tel mouvement. Les élections législatives et/ou présidentielles en Colombie, au Venezuela puis au Brésil devraient ainsi réserverquelques surprises…
Crise économique aidant, l’échiquier géostratégique s’est également modifié. La Colombie a ainsi permis l’implantation des forces armées américaines dans huit des principales bases militaires du pays, obligeant par là même l’ensemble des pays latino-américains à prendre position et fragilisant du même coup, par ricochet, l’avancée de projets fédérateurs comme celui d’une Union latino-américaine.
Ce numéro de Diplomatie, servi par un atlas géopolitique de l’Amérique latine, tente d’éclairer cet échiquier géopolitique complexe, car sous tension.

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Diplomatie n° 42

Le 14 décembre dernier, les autorités chinoises inauguraient un nouveau gazoduc pour drainer le gaz des républiques d’Asie centrale (Turkménistan, Ouzbékistan et Kazakhstan). Jusqu’alors, ces jeunes républiques utilisaient un réseau hérité de l’URSS et encore largement sous contrôle de Moscou.

D’autre part, le 1er janvier 2010, le Kazakhstan prend la présidence de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), souvent accusée par la Russie d’adopter une attitude partiale et de s’ingérer dans les affaires intérieures de ses satellites, voire d’aller jusqu’à effectuer une préparation idéologique, financière et logistique des révolutions électorales.

Enfin, en novembre 2009, la filiale du géant public russe Gazprom, Gazprom Neft, signait un protocole d’accord avec la Compagnie nationale du pétrole iranien (NIOC) pour développer deux gisements pétroliers en Iran tandis que les groupes occidentaux, sous pression de leurs capitales, se sont retirés d’Iran. Les Chinoises Zhuhai Zhenrong Corp. et CNPC prennent position.

Ces petites informations, souvent passées inaperçues car mettant en évidence les pertes d’influence occidentales, en disent long sur les basculements géopolitiques en cours en Eurasie…

Du Kazakhstan à l’Iran, et jusqu’à la Chine, ce numéro de Diplomatie entend démêler les fils des influences passées, actuelles et à venir dans cette région du monde ô combien stratégique.

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Diplomatie n°41

Depuis le mur d’Hadrien séparant les Romains des barbares pictes, les hommes ont parsemé le monde de hautes murailles. Jadis symbole de force et d’autorité, elles constituent aujourd’hui autant d’aveux d’impuissance et de dialogues impossibles. Devant le mur de Gaza, le poète déclame : « Le béton est une langue barbare, Le mur est un pays irrationnel. (1) »
Si l’Europe célèbre aujourd’hui la chute du mur de Berlin, vestige d’un conflit autant idéologique que géopolitique qui divisa en deux tout un peuple, partout ailleurs les frontières se dressent. Les murs permettraient-ils encore de se protéger d’une menace à l’heure des missiles intercontinentaux et de l’Internet ? La fin de la guerre froide a marqué la fin des « mauvais » murs. Force est de constater que les dictatures n’ont pas l’apanage de ces murailles. Stigmatisé et décrié à l’étranger, le mur entre Israël et Gaza n’est pourtant pas tombé. Depuis 1974, Chypre est coupée en deux sous le regard impuissant des Casques bleus. Des Etats-Unis qui doublent leurs barbelés par des milices pointées vers le Mexique à la DMZ entre les deux Corées, les anciens murs résistent et les nouveaux entrent « naturellement » dans l’Histoire. L’Inde ne suscite pas l’ire des commentateurs en édifiant 4 000 kilomètres de barrières contre de potentiels réfugiés climatiques en provenance du Bangladesh.
Voilà pourquoi Diplomatie a choisi de présenter ces murs qui nous séparent et non ceux qui sont tombés.

(1)Mustapha Benfodil

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