Coeur de l’Empire chinois, devenue haut lieu touristique, la Cité interdite garde aujourd’hui sa valeur symbolique de puissance en accueillant le portrait du Grand Timonier, Mao Zedong. (© gregs)

Par Gérard Chaliand, géopolitologue, spécialiste des conflits armés et poète.
Est également conseiller auprès du Centre d’analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères
français depuis 1984. Il est régulièrement professeur invité dans de nombreuses universités étrangères
(Harvard, Montréal, Berkeley…).

Un empire est un État qui, fort de sa puissance, pratique un expansionnisme territorial aussi large que possible en dominant des populations aux origines ethniques ou religieuses différentes. On peut considérer le XXe siècle comme celui de la disparition de la plupart des empires territoriaux, le dernier en date étant l’URSS.

Le rapport des empires à la puissance
Reste la Chine. Traditionnellement impériale, elle contrôle, depuis des siècles, le Xinjiang, le Tibet, la Mongolie intérieure qui constituent des territoires considérables, bien que fort peu peuplés. Les Chinois représentent plus de 90 % de la population totale. L’Iran est, toute proportion gardée, dans une situation comparable, mais les Persans ne représentent pas 50 % de la population iranienne (Azéris, Kurdes, Baloutches, etc.). Le Shah n’était-il pas empereur ?
Le dernier souverain d’Éthiopie, destitué en 1974, régnait également sur un empire constitué à la fin du XIXe siècle, à partir de l’Abyssinie chrétienne et qui, grâce à Ménélik Ier (mort en 1913) a triplé son territoire au détriment, entre autres, de la Somalie.
Les États-Unis ne sont pas un empire au sens classique, Raymond Aron parlait justement de « république impériale ». Celle-ci, une fois atteinte sa frontière du Pacifique, était surtout préoccupée de la liberté des mers et des échanges. Par deux fois, les États-Unis ont participé aux guerres mondiales, comme malgré eux, mais au terme de la Seconde, ils ont exercé, face à l’URSS, un imperium de fait sur « le monde libre ».
A la chute de l’Union soviétique (1991), l’euphorie s’est emparée des États-Unis et on constate, progressivement et de façon feutrée, un refoulement de l’ex-URSS vers les frontières de la Russie avec l’extension de l’OTAN jusqu’aux républiques baltes (Lituanie, Lettonie, Estonie). Par la suite, la construction et la mise en service de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (port turc) ont permis aux compagnies occidentales d’accéder aux ressources du bassin caspien, jusque-là chasse réservée de Moscou. Les révolutions de couleurs, en Géorgie, en Ukraine et de façon plus ambiguë au Kirghizstan, à la frontière du Xinjiang chinois, accentuaient le refoulement de l’ancienne Union soviétique, entamé sous Boris Eltsine. Celui-ci prenait fin brusquement en 2008 avec la brève guerre de Géorgie due à une erreur stratégique du président géorgien. Déjà, l’extraordinaire supériorité militaire américaine butait devant les guerres irrégulières suscitées par les conséquences du 11 septembre 2001 et le projet des néoconservateurs, de restructuration du « Grand Moyen-Orient ». La récente redéfinition des ambitions stratégiques des États-Unis par le président Barack Obama prend acte de la nouvelle configuration mondiale et des moyens des États-Unis.

Sur quelques anciens empires
Dans le monde antique et médiéval, comme nous avons l’habitude de diviser l’histoire, par commodité, les traditions impériales chez les États qui perdurent, se limitent à la Chine, État impérial par excellence, à l’Iran, à la Turquie et à l’Égypte.

• La Chine
La Chine, très longtemps menacée par les vagues nomades des steppes nordiques, a été plusieurs fois dominée, dans sa partie septentrionale, tout en réussissant toujours à assimiler démographiquement et culturellement, les vainqueurs circonstanciels. Forte, elle prenait l’offensive au Nord et à l’Ouest, vers les oasis dites de la route de la Soie. Par deux fois, elle fut conquise entièrement (Mongols, Mandchous) et s’est libérée à chaque fois. Entretemps, elle exerce une influence sur la Corée et, par le canal de celle-ci, sur le Japon, ainsi que sur le Vietnam. Sa conscience impériale lui fait considérer les États autour d’elle comme des tributaires effectifs ou virtuels.

• L’Iran
L’Iran joue, au cours de l’histoire longue, le même rôle civilisateur à l’égard des turcophones des steppes, qu’elle imprègne de culture iranienne, sans pouvoir les assimiler démographiquement comme la Chine. Mais au XVIIIe siècle encore, le persan est la langue de culture, de Samarcande à Delhi et Agra.
Plus récemment, l’Empire ottoman, héritier à maints égards de Byzance (l’Empire romain d’Orient, qui dura plus d’un millénaire) a uni une importante partie du monde musulman tout en étant stoppé à l’Est par l’Iran et à l’Ouest par le Maroc, mais en prenant largement pied, de façon prolongée, dans les Balkans et au-delà, jusqu’en Hongrie.

• L’Égypte
L’Égypte pharaonique impériale, à partir de la XVIIIe dynastie (Thoutmôsis III, Ramsès II) dominait le couloir syro-palestinien essentiel à sa sécurité. Cette géopolitique, à l’époque musulmane, a été reprise par diverse dynasties : Fatimides, Ayyoubides (Saladin), Mamelouks, jusqu’à l’arrivée des Ottomans (1517). Le grand Mehmet Ali, modernisateur, tenta de contrôler à la fois les lieux saints et la Syro-Palestine. Il fut arrêté au milieu du XIXe siècle par l’impérialisme britannique qui préférait un Empire ottoman affaibli à la montée d’une puissance dynamique capable d’en finir avec le déclin de la Sublime Porte.

• L’Inde
L’Inde, en dehors de deux brèves dynasties autochtones a, surtout à partir du XIe siècle, connu la domination des musulmans, dans sa partie septentrionale. C’est une dynastie musulmane, les Moghols (XVIe-XVIIIe s.), qui crée le dernier empire en Inde. Ce sont les Britanniques qui, lors du vote de 1947, fondé sur la règle démocratique d’« une personne = une voix », ont permis aux hindouistes de retrouver le pouvoir, perdu depuis des siècles. C’est pourquoi on ne constate pas, en Inde, ce ressentiment, discret chez les Chinois, mais affiché chez beaucoup de musulmans, à l’égard de l’Occident.
La plupart des empires ont été brefs. Ceux constitués par les nomades, comme les Mongols, ont généralement duré trois générations tout au plus. Celui d’Alexandre le Grand ou de Napoléon, à peine une décennie. Le plus « prolongé » des empires est l’Empire romain d’Orient. La longévité de l’Empire ottoman est remarquable. En Chine, en Iran, il y a des cycles avec des périodes fastes et d’autres de déclin, d’anarchie, jusqu’à la reprise en main d’un dirigeant énergique qui instaure une nouvelle dynastie.

Les anciens empires capables d’agir sur la scène internationale
De toute évidence, la Chine n’a jamais perdu sa tradition impériale, qui date du premier empereur (IIIe siècle avant notre ère). A condition que sa croissance ne soit pas gravement perturbée, la Chine est en train de retrouver la place qui fut, à ses yeux, la première en Asie depuis plus ou moins 2 000 ans. Les tensions aux marches, comme au Tibet ou au Xinjiang, ainsi que les difficultés à l’échelle de l’écart croissant entre les couches privilégiées et une société à plusieurs niveaux, dont beaucoup de laissés-pour-compte ou d’exploités à outrance, ne manquent pas. Mais le pilotage de la croissance, depuis trois décennies, apparemment a été mené jusqu’aujourd’hui sans erreur grave, par des directions despotiques et éclairées, point si éloignées du modèle bismarckien. Quant au vieillissement de la population chinoise, qu’on rappelle si souvent, il est bien moindre que celui du Japon ou celui des Européens. Le déficit des filles est en partie comblé par des mariages contractés dans les pays d’Asie du Sud-Est.
L’accroissement de puissance change évidemment les attitudes, on l’a constaté lorsque la démocratie américaine, lors du premier mandat de G. W. Bush, s’est crue omnipotente, décrétant la loi et la faisant appliquer sans avoir à en subir elle-même les rigueurs. Au stade actuel, l’imperium renaissant de la Chine fait encore « patte de velours », mais rappelle plus souvent que celle-ci a des griffes.
L’énergie joue évidemment un rôle capital dans le développement de la Chine. Aussi, Pékin s’assure-t-elle une diversification aussi large que possible de ses sources d’approvisionnement : Amérique latine, Afrique. L’acheminement maritime du pétrole se fait par des relais portuaires le long de l’océan Indien, que la Chine se ménage auprès de pays amis ou non hostiles (1).
En Asie centrale, la Chine a fait une percée exceptionnelle en décembre 2009 avec le gazoduc qui relie le Turkménistan au Xinjiang. Cette infrastructure rompt le monopole russe sur le transit du gaz turkmène. Les liaisons routières entre la Chine et l’Asie centrale se développent parallèlement. L’Iran, par ailleurs, grâce à ses hydrocarbures, est politiquement ménagé par une Chine préoccupée, en premier lieu, par sa propre croissance.

Sur le rôle géopolitique de l’histoire des empires (reconnaissance de frontières, minorités, langues) aujourd’hui
• La Chine
Si l’on regarde une carte de la Chine de la dynastie des Qing (Mandchous), on s’aperçoit que la Chine impériale de 1750-1800 contrôle le Tibet, le Xinjiang et au-delà, jusqu’au lac Balkhach. Par ailleurs, cette dynastie sinisée en a terminé avec la menace mongole et égale, par sa puissance, celle des Tang, dont le rayonnement fut immense en Asie orientale. La Chine produit alors le tiers, environ, de la production mondiale. La parenthèse de son déclin est d’environ un siècle et demi… C’est peu pour un empire qui dépasse largement les deux millénaires. Quant aux minorités, sauf si elles ont une épaisseur religieuse, elles sont toutes plus ou moins phagocytées au cours de l’histoire.

• La Turquie
La Turquie est sans conteste un pays musulman ayant une tradition d’empire. En effet, du XVe au XVIIIe siècle, l’Empire ottoman, avant de tomber dans une longue décadence, fut un empire militaire et administratif considérable. La seconde partie du XIXe siècle fut catastrophique et les vingt premières années du XXe marquent la fin d’un empire incapable de s’adapter à la modernité, sauf militairement.
Mustafa Kemal sauva la Turquie d’un dépeçage colonial et, au prix d’une césarienne culturelle, obligea la société – et notamment les élites – à imiter l’indiscutable modèle de l’époque : l’Europe. Longtemps, le pays demeura isolé et ne dut sa sécurité face à une Union soviétique agressive (revendications de Staline sur Kars et Ardahan, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale) qu’à l’adhésion à l’OTAN (1952).
La Turquie est entourée d’États hostiles, au nombre desquels l’Iran chiite incarne l’adversaire constant depuis le début du XVIe siècle (l’Empire ottoman s’allie contre les Habsbourg avec la France, tandis que l’Iran était l’allié de revers des Habsbourg contre l’Empire ottoman). La Syrie, avait, avec la Turquie, un contentieux territorial (Alexandrette), de même que l’URSS, la Bulgarie et la Grèce. Élément de stabilisation de ces tensions : la Turquie couvrait le flanc Sud-Est de l’OTAN. La disparition de l’Union soviétique (1991) n’a pas réduit l’importance d’une Turquie à l’économie dynamique. La montée du Parti de la justice et du développement (AKP) est l’expression d’un retour à une tradition qui n’avait, en Anatolie, jamais été rompue.
Une nouvelle géopolitique turque se précise aujourd’hui avec la nomination, grâce à Recep Erdogan, de l’universitaire Ahmet Davutoglu au poste de ministre des Affaires étrangères. La suggestion de ce dernier visant à renouer avec l’héritage ottoman et son influence au Moyen-Orient, trouve écho auprès des membres de l’AKP. Le projet passe par la réduction des tensions régionales et se trouve en partie facilité par la récente libéralisation de l’économie turque, mesure qui a permis d’accroître substantiellement les échanges avec les pays du Golfe du Proche-Orient. Vingt pour cent des exportations turques sont désormais destinées à la région. Le même phénomène se constate avec la Russie et s’est concrétisé par divers accords concernant les hydrocarbures et leur acheminement. Les rapports politiques avec la Syrie et l’Iran se sont nettement améliorés tandis que, depuis l’intervention à Gaza (2008-2009) et l’arraisonnement de la flottille humanitaire (2010), ceux avec Israël se dégradent. Pour jouer un rôle décisif dans le monde musulman, la Turquie devait cesser d’être perçue comme un partenaire privilégié d’Israël, au même titre que la Jordanie. Cette rupture a été habilement opérée avec l’opération politico-humanitaire vers Gaza de juin 2010.
L’affaiblissement du rôle politique des militaires qui se réclament de l’héritage kémaliste favorise ces changements d’orientation, ce qui est particulièrement sensible dans la nouvelle attitude de la Turquie à l’égard du Gouvernement régional du Kurdistan d’Irak. Depuis deux ans, leurs relations se modifient. Les liens économiques se resserrent, entre autres autour du pétrole. La Turquie représente, pour la région kurde, un débouché vital et Ankara, qui y a créé un consulat, va accroître son influence culturelle en Irak du Nord, sous administration kurde. Il faut rappeler qu’entre 1923 (date où la Turquie kémaliste voit le jour) et 1925, celle-ci n’a cessé de réclamer le vilayet de Mossoul que la Grande-Bretagne avait adjoint à l’Irak (pétrole oblige). L’Irak ne devait se composer initialement que des deux vilayets de Bagdad et de Basra. En 1925, la Société des Nations qui reflétait le rapport de forces de l’époque, statuait en faveur de la Grande-Bretagne. Rien de tout ceci n’est oublié. Quant à la revendication kurde sur Kirkouk, elle se heurtera aussi, hors d’Irak, à celui de la Turquie qui soutient la minorité des Turcomans. L’Iran est le second pourvoyeur de gaz de la Turquie, après la Russie, ce qui à l’instar du cas de la Chine, explique l’attitude d’Ankara à l’égard de Téhéran et évidemment irrite Washington. Mais les nouvelles puissances régionales ont davantage de moyens pour ne pas céder aux pressions de leurs puissants alliés. C’est le cas avec la tentative de médiation sur le dossier du nucléaire iranien par la Turquie et le Brésil.
Avec la Syrie, les relations ont changé du tout au tout. En 2009, les deux pays menaient des manœuvres militaires conjointes. Dans les années précédant l’intervention à Gaza, les manœuvres turques se déroulaient avec Israël et la Jordanie. Celles-ci n’auront pas lieu cette année. Les relations avec la Russie, un adversaire constant depuis le XVIIIe siècle, se sont très largement améliorées. Actuellement, la Russie fournit à la Turquie les deux tiers de son gaz naturel et un quart de son pétrole brut. Les investissements en Turquie (énergie, télécommunications, tourisme) ont sensiblement augmenté. Cela n’empêche pas les deux pays d’avoir des intérêts contraires sur le plan géopolitique, notamment au Caucase.
Les relations avec l’Arménie sont plus ambiguës. Deux hypothèques pèsent sur une éventuelle normalisation avec ouverture des frontières : celle du Haut-Karabagh où Ankara soutient l’Azerbaïdjan et celle du génocide de 1915-1916. Au Caucase, la Russie reste l’arbitre ultime de la situation, aucun règlement du problème du Haut-Karabagh ne pouvant se faire sans son accord. Quant au génocide, il ne sera pas reconnu, mais continuera à être une épine gênante, internationalement comme à l’intérieur, avec l’intervention désormais des couches éclairées de la population urbaine. Le rôle géostratégique de la Turquie s’est accru. Depuis la disparition de l’Union soviétique, la Turquie a beaucoup gagné en autonomie, notamment à l’égard des États-Unis, n’ayant plus à faire face à des menaces d’envergure. Elle a surclassé l’Iran qui, en 1975, paraissait comme l’État majeur de la région. La Turquie est toujours candidate à l’Union européenne. Son, rôle en matière d’acheminement des hydrocarbures du bassin caspien – « projet Nabucco » – est considérable. Le handicap de la Turquie, outre le dossier chypriote, est constitué par une population de 75 millions d’habitants, fort loin du niveau des pays d’Europe qui aident financièrement l’intégration des nouveaux membres.
Au Moyen-Orient et au-delà, son influence grandit, entre autres à travers le travail discret de la secte musulmane des Nurjis de Fetullah Cetin, actif à l’échelle de trois continents. En Asie centrale, comme en Afghanistan, la Turquie développe son influence par un réseau de collèges bilingues (turc-anglais) et vise ainsi le long terme. Son rôle diplomatique n’a cessé de croître depuis quelques années et lui confère désormais, sans grands frais, une stature avec laquelle il faudra compter.

• L’Iran
Quel sera l’avenir de l’Iran, un État au potentiel considérable, qui a mené une politique économique inepte et se retrouve largement isolé ? La possession éventuelle du feu nucléaire peut le sanctuariser, mais ne remplacera pas la croissance économique. La répression que le régime exerce sur la partie la plus éclairée de sa population augure mal des perspectives d’un pays qui pourrait avoir une influence considérable alors qu’il est, pour l’heure, surtout un perturbateur.

• La Russie
La Russie s’est construite par continuité territoriale à partir d’Ivan le Terrible, au milieu du XVIe siècle. Son expansion marque la fin des khanats post-mongols, à l’exception de celui de la Crimée, alliée de l’Empire ottoman. La Sibérie, sous-peuplée, est investie, en moins d’un siècle, par l’avancée des cosaques jusqu’à la mer d’Okhotsk. Au XVIIIe siècle, une triple expansion ouvre à la Russie la Baltique, la mer Noire, et lui livre les steppes kazakhes. Enfin, au XIXe siècle, conjointement aux impérialismes coloniaux européens qui, eux, s’étendent outre-mer avec une vigueur accrue, la Russie se lance à la conquête du Caucase et de l’Asie centrale.
Par rapport à ces avancées, le recul de 1991 est très important. Il reste cependant partiel au Caucase et l’influence russe se fait toujours sentir en Asie centrale. Ces deux aires lui seront disputées. Mais, comme elle l’a prouvé en 2008, la Russie entend défendre son aire d’influence. Le sous-peuplement sibérien peut, à l’avenir, poser problème. Quant à l’Arctique (affecté par le changement climatique), il sera l’une des zones de contestation où la Russie entend faire valoir des prétentions importantes.

• Le Brésil
Ce pays n’a jamais véritablement été un empire, contrairement aux puissances eurasiatiques jadis considérables (Chine, Iran, Turquie, Inde moghole) qui refont aujourd’hui surface. De toute évidence, la partie essentielle se joue sur le continent eurasiatique. Cependant le Brésil, qui a évité le morcellement des États hispaniques au XIXe siècle, est bien parti, contrairement au Mexique, autre membre du G20, pour exercer un leadership politique et diplomatique. A condition de réduire ses inégalités sociales qui sont particulièrement accusées, son dynamisme économique, ses ressources et le poids de sa population devraient lui assurer une influence non négligeable.

Conclusion
Ce qui frappe l’observateur est la vitesse avec laquelle s’opèrent les changements. Il y a seulement sept ans, les États-Unis déclenchaient la guerre d’Irak avec pour projet proclamé de remodeler le « Grand Moyen-Orient ». Les objectifs que vient de se fixer l’administration Obama avec le National Security Strategy (NSS) fin mai 2010 pour défendre les intérêts des États-Unis sont beaucoup plus modestes – et réalistes.
Les « ré-émergents », presque tous asiatiques, Chine en tête, vont sans nul doute peser, dans un proche avenir, pour que soient modifiées les règles du jeu constituées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, à une époque où ils pesaient peu.

Gérard Chaliand

Note
(1) Cet ensemble de ports et relais est dénommé le « collier de perles chinois ».

Publié dans le magazine DIPLOMATIE N°45 (juillet-août 2010). Tous droits réservés.
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