Les déchets militaires et l’environnement

Démontage de tubes lance-missiles. (© Photo DTRA)

Extrait du rapport de Latchezar Toshev (Bulgarie, Groupe du Parti populaire européen) pour la Commission de l’environnement, de l’agriculture et des questions territoriales (Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe) (1). Ce rapport a débouché sur une résolution adoptée le 12 novembre 2010 lors de la commission permanente (résolution 1775).

Protégées par le secret, l’utilisation et la gestion des déchets militaires constitue une menace humaine et environnementale, tout particulièrement en Europe, théâtre de deux guerres mondiales et d’une confrontation surarmée durant la guerre froide.

La Commission de l’environnement, de l’agriculture et des questions territoriales de l’Assemblée déplore que l’utilisation et la gestion des déchets militaires, qui représentent une menace importante pour l’environnement, fassent partie du secret militaire. La plupart de ces déchets, qui ont d’ailleurs causé des dégâts humains et environnementaux ces dernières années, sont encore chimiquement actifs et peuvent entraîner des catastrophes à l’échelle européenne. (…)
La production d’armes de guerre, leur explosion et, à terme, le stockage des matériaux dangereux dans les décharges militaires risquent d’engendrer de graves problèmes environnementaux. L’utilisation et la gestion des déchets militaires doivent être prises en compte par les États membres du Conseil de l’Europe en tant que menaces écologiques sérieuses.
Un grand nombre de substances composant les déchets militaires restent actives et peuvent porter préjudice à l’environnement et à la santé de l’Homme. En outre, ce n’est que récemment que l’on a constaté les effets désastreux causés par l’exposition à des matériels ayant explosé. Malheureusement, pour résoudre ces problèmes, il ne suffit pas de déplacer les déchets stockés, de passer sous silence le danger que représente un arsenal laissé à l’abandon ou de mettre en œuvre des normes au cas par cas dans chaque pays.
Au cours des deux dernières décennies, une dizaine d’incidents liés aux déchets militaires ont été signalés. Tous ont fait des victimes, engendré des dommages environnementaux et entraîné des dépenses pour réparer les préjudices causés. De telles catastrophes ne touchent pas seulement les États en question ; elles dépassent leurs frontières et constituent en réalité un problème commun à l’échelle européenne.
D’importantes quantités d’armes datant des deux guerres mondiales et de la guerre froide sont toujours stockées par les forces militaires. Toutefois, compte tenu de la concurrence en matière de production d’armement et des progrès technologiques rapides, la plupart d’entre elles sont devenues obsolètes.
Les armes immergées au fond des mers en quantité considérable, et dans certains cas au fond des rivières, constituent une catégorie spéciale de déchets militaires dangereux. En effet, la plupart de ces déchets restent chimiquement actifs et risquent d’engendrer de graves problèmes environnementaux (2). (…)

Un rapport qui se heurte au secret défense
L’origine de ce rapport est la proposition de résolution sur les déchets militaires et l’environnement, présentée par M. Ivan Ivanov et plusieurs de ses collègues. Afin de rassembler les informations nécessaires à l’élaboration du rapport, la Commission de l’environnement, de l’agriculture et des questions territoriales a organisé une audition le 23 novembre 2009 à Paris. Lors de cette audition, la Commission a entendu un exposé du lieutenant-colonel Nikolay Nikolov, du ministère bulgare de la Défense, qui est un expert des problèmes liés aux déchets militaires. En décembre 2009, un questionnaire a été distribué aux État membres avec les questions suivantes :
– « Quels types et quelle quantité de déchets militaires inutilisés sont stockés sur votre territoire national ? »
– « Existe-t-il des informations accessibles à tous sur les lieux de stockage des déchets militaires (y compris des déchets radioactifs, le cas échéant) ? »
– « Si tel est le cas, incluent-elles des renseignements sur les déchets installés dans le lit de bassins hydrauliques ou enfouis profondément dans le sol ? »
– « Coopérez-vous avec d’autres États ou avec des institutions internationales pour résoudre les problèmes posés par la gestion des déchets militaires ? »
– « Cette question fait-elle l’objet d’une législation spécifique ? »
Des réponses ont été reçues de 20 États (Andorre, Belgique, Bulgarie, Croatie, République tchèque, Estonie, Géorgie, Allemagne, Grèce, Hollande, Hongrie, Italie, Lituanie, Pologne, Portugal, Serbie, République slovaque, Slovénie, « Ancienne République yougoslave de Macédoine » et Turquie). La plupart des réponses sur le dépôt des déchets militaires n’ont pas apporté beaucoup d’informations, ce qui explique le manque de données disponibles sur cette question.
Neuf des États qui ont répondu ont indiqué avoir une législation sur cette question. Cinq États ont dit collaborer avec d’autres États ou institutions pour résoudre les problèmes liés aux déchets militaires. Il est regrettable que 27 États n’aient fourni aucune information.
Le manque d’information a rendu impossible une étude comparative sur la législation des États membres du Conseil de l’Europe à ce sujet, le but initial du rapporteur.L’Allemagne a fourni une réponse extrêmement précise, ce qui a été très apprécié par le rapporteur. La Commission a autorisé une visite du rapporteur et du secrétaire de la Commission au siège de l’OTAN à Bruxelles. En raison de problèmes de transport, la réunion à l’OTAN s’est tenue en l’absence du rapporteur. Le secrétaire de la Commission a néanmoins rencontré les personnes suivantes :
– M. Henrik Dam, chef de la Section JAIS (Section conjointe Armements, Industrie et Défense, Division Investissement Défense) ;
– M. Osman Tasman, chef de l’Unité Armement Terre, JAIS ;
– Lt. Col. Filip Martel, vice-président de la CNAD (Conférence des Directeurs nationaux de l’Armement), Groupe Sécurité des Munitions, Sous-groupe 5 sur la Logistique Entreposage et Destruction ;
– Mme Marie-Claire Mortier, Secrétaire.
Les informations suivantes lui ont été communiquées :
La thématique des « déchets militaires » est un vaste sujet. Il serait approprié de se focaliser sur un seul aspect, à savoir les munitions conventionnelles. Ce choix écarterait, bien entendu, les munitions nucléaires et chimiques.
L’OTAN a préparé un document sur la destruction des munitions conventionnelles qui passe en revue les meilleures techniques de destruction, pour faire ressortir les « meilleures pratiques » de diffusion (les problèmes étant similaires partout ailleurs, il conviendrait d’éviter de réinventer la roue).
La zone géographique couverte par le Conseil de l’Europe coïncide globalement avec celle couverte par le programme de l’OTAN « Partenariat pour la Paix ».
Ayant appris que le rapporteur entendait se rendre en visite d’étude en Ukraine, les interlocuteurs ont informé le secrétaire de la Commission que l’Ukraine a un vrai problème de « munitions abandonnées ». L’OTAN soutient l’Ukraine pour traiter ce problème en mettant à sa disposition l’expertise de la NAMSA (agence de maintenance et d’approvisionnement de l’OTAN, qui a un bureau à Kiev). La NAMSA travaille actuellement sur des contrats de destruction, pour les munitions et pour les armes (seules des techniques respectueuses de l’environnement seront utilisées).

Manipulation des munitions
Les balles au plomb devraient être interdites du fait de la pollution au plomb engendrée lors des tirs. Les balles à l’uranium appauvri doivent être considérées comme des munitions « conventionnelles ». Il y a des discussions sur le point de savoir si les balles à l’uranium appauvri ont été ou non la cause de maladies dans les forces armées durant la guerre du Golfe. D’autres discussions portent sur le nettoyage des champs de bataille. Les sous-munitions sont interdites par la Convention d’Oslo sur les armes à sous-munitions.
Les munitions en entrepôt constituent une menace permanente et grave pour l’environnement, la question n’étant pas « si », mais « quand » l’entrepôt est susceptible de sauter. C’est pourquoi les munitions ne devraient pas être entreposées à proximité (ou dans) des zones résidentielles.
La destruction de munitions coûte très cher, mais, si les munitions ne sont pas détruites convenablement, elles finiront par exploser.
Pour le transport des munitions, des réglementations civiles continuent de s’appliquer (ce qui est regrettable).
Parmi les questions à se poser, on pourrait se demander si, pour détruire des munitions conventionnelles, il est encore acceptable de les faire brûler à l’air libre. Une analyse de risque devrait permettre d’y répondre.
Deux documents auraient pu être utiles pour les travaux sur ce rapport :
- STANAG 2510 (3), « Gestion des déchets pour les activités militaires de l’OTAN » ;
- STANAG 2545, « Glossaire de l’OTAN sur la protection de l’environnement ».
Cependant, ces documents ne pouvaient être confiés à des civils ; ils ne peuvent être obtenus que sur demande à une représentation nationale auprès de l’OTAN.
Dans ce contexte, il était difficile pour le rapporteur de préparer une analyse très approfondie de la situation. Malgré son désir que le rapport se base sur des informations fournies officiellement par les États membres, une part importante des sources d’information qui lui ont permis d’établir ce rapport provient des publications des ONG et des médias.

Effets de la production et de la fabrication
La guerre fait non seulement de nombreuses victimes et dévaste les paysages mais elle laisse aussi, dans son sillage, de sérieuses séquelles qui peuvent handicaper un pays de longues années même une fois réglés les problèmes politiques. La production d’armes de guerre, leur explosion et finalement le stockage des matériaux dangereux utilisés ont des effets négatifs auxquels il faut faire face. Un grand nombre de substances composant les déchets militaires restent actives et peuvent porter préjudice à l’environnement et à la santé de l’Homme.
En outre, la recherche n’a montré que tout récemment les incidences à long terme de l’exposition à des matériels ayant explosé et qui se sont révélés très dangereux. Il ne suffit pas de déplacer les déchets stockés, de passer sous silence le danger que représente un arsenal laissé à l’abandon ou de mettre en œuvre des normes au cas par cas dans chaque pays pour résoudre la question comme il convient. Au cours de ces deux dernières décennies, une dizaine d’incidents liés aux déchets militaires ont été signalés en Ouzbékistan, en Albanie, en Bulgarie, en Russie, en France, en Ukraine, etc. Ils ont fait des victimes, causé des dommages environnementaux et entraîné des dépenses pour les réparer.
D’importantes quantités d’armes datant de la Première Guerre mondiale, de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre froide sont toujours stockées par les forces militaires. Toutefois, la concurrence qui a fait rage pendant la guerre froide en matière de production d’armement et les progrès technologiques rapides font que la plupart de ces armes sont devenues obsolètes.

Exemples de données recueillies pendant l’élaboration du rapport
Ukraine
D’après les données collectées, environ 2,5 millions de tonnes de déchets militaires sont stockés en Ukraine depuis l’époque soviétique dans quelque 6 000 sites de stockage. Une partie de ces déchets est entreposée sans mesure de précaution particulière.
Il importe d’accorder une attention spéciale au problème de l’enfouissement des déchets radioactifs.
Il existe un programme national sur l’utilisation des armes non nécessaires en Ukraine, qui couvre la période 2006-2017, ainsi que plusieurs réglementations sur les procédures à suivre pour utiliser et manipuler les armes. L’Ukraine a besoin d’aide pour résoudre les problèmes liés aux déchets militaires.
Malheureusement, le rapporteur n’a pas été en mesure de se rendre en Ukraine pour se faire une idée plus précise de la situation. Nos données fournissent des renseignements sur une série d’explosions et d’incidents survenus entre 2004 et 2006 dans l’arsenal de Novobohdanivka. Certains éléments permettent de croire que la situation reste préoccupante en Ukraine eu égard à la gestion et à l’utilisation des déchets militaires, et qu’elle n’a pas vraiment évolué depuis. Cette situation complexe s’explique en partie par l’insuffisance des ressources financières pour apporter une réponse appropriée à ce problème.

Moldavie
En Moldavie, environ 20 000 tonnes d’armes et de munitions sont stockées au poste de Cobasna sur le territoire de la Transnistrie. Aucune donnée supplémentaire n’est disponible sur cette question.

Biélorussie
D’après un rapport de l’OSCE de 2007, l’utilisation de déchets militaires a eu en Biélorussie de graves conséquences pour l’environnement, et a notamment obligé les autorités locales à nettoyer un territoire d’environ 300 000 hectares, correspondant à l’emplacement d’anciennes bases militaires.

URSS et Russie
D’après un article de Peter Szyszlo (Central European Review), la Commission russe présidée par Yablokov a estimé que l’URSS a déversé depuis 1965 dans l’océan un total de 2,5 millions de curies de déchets radioactifs contenus ou non – parmi lesquels 16 réacteurs de sous-marins et de brise-glace nucléaires – dans les golfes situés près de la Nouvelle-Zemble. Il est établi dans le même document que de 1964 à 1991, entre 11 000 et 17 000 conteneurs de déchets radioactifs liquides et solides ont été déversés dans la même région. Certains des conteneurs ont été percés pour faciliter leur immersion. Les zones dans lesquelles cette méthode d’élimination très dangereuse a été employée à l’époque soviétique, entraînant un risque de pollution radioactive, sont, d’après le même article, les mers de Barents et de Kara et les environs de la Nouvelle-Zemble. Ce « cimetière nucléaire », selon Peter Szyszlo, ne servait « pas uniquement pour les déchets radioactifs mais aussi pour les réacteurs, les navires à propulsion nucléaire déclassés et plus récemment pour les armes nucléaires démantelées ».
Le rapporteur souhaiterait mettre en relation ces informations avec celles sur la situation dans la région arctique, qui ont été communiquées par les autorités norvégiennes lors de l’audition organisée à Tromsö en 1999 par la Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et des pouvoirs locaux.
Pour le rapporteur, il serait très important et opportun que la Fédération de Russie accepte de coopérer avec le Conseil de l’Europe, l’Union européenne et les Nations Unies en vue de résoudre ce problème qui n’est manifestement pas uniquement un problème national.
On dénombre actuellement dans la Fédération de Russie 27 textes juridiques qui réglementent l’utilisation des déchets militaires, mais aucune législation n’a été adoptée en la matière. Un programme fédéral sur l’utilisation des armes et des techniques militaires a été adopté en 2005 et sera en vigueur jusqu’à la fin de 2010. Il vise à réduire de 70 % les dépenses consacrées au stockage des armes non nécessaires. La Fédération de Russie possède également une loi fédérale sur la coopération technique militaire avec d’autres pays, qui porte notamment sur la question de l’utilisation des armes et des techniques militaires.
Le rapporteur n’a pas eu à sa disposition d’autres renseignements sur les engagements pris par la Fédération de Russie pour résoudre les problèmes posés par les anciens sites d’élimination des déchets militaires, et en particulier par les déchets déposés dans des bassins hydrauliques.

Grande-Bretagne
Un article de Jonathan Owen paru dans l’hebdomadaire britannique The Independent on Sunday du 22 juin 2008, sous le titre « Soldiers dumped munitions with household waste » (« Des soldats jettent des munitions avec les ordures ménagères »), rend compte d’environ 20 incidents de ce genre qui se sont produits en Grande-Bretagne, les qualifiant d’« habitude militaire dangereuse manquant cruellement de professionnalisme », passible de sanctions par le Bureau de la santé et de la sécurité (Health and Safety Executive) et l’Agence pour l’environnement (Environmental Agency). La Chambre des Communes a tenu le 20 mai 2008 une discussion sur les déchets radioactifs militaires, au cours de laquelle cette question a été examinée.

Bulgarie
La Bulgarie possède son programme national, adopté en 2004, pour l’utilisation et la destruction des munitions excédentaires sur son territoire. Quatre grandes sections de la législation portent également sur la question de leur utilisation.
Il y avait, en 2003, en Bulgarie, 59 000 tonnes de munitions excédentaires. Après la réforme qui a débuté en 2005 et qui visait à transformer l’armée en une armée professionnelle, ce chiffre est passé à 67 000 tonnes. Il existe actuellement en Bulgarie un plan de gestion des déchets militaires, qui devrait être pleinement mis en œuvre d’ici à 2015. Une grosse explosion de munitions excédentaires s’est produite près de Sofia le 3 juillet 2008, causant des dommages matériels mais heureusement pas de victimes.
Des explosions similaires de munitions excédentaires ont eu lieu le 15 mars 2008 dans le village de Gerdech près de Tirana en Albanie, le 17 juillet 2008 dans les entrepôts de missiles et d’artillerie près de la ville de Kagan en Ouzbékistan, le 4 septembre 2009 dans l’usine Prvi Partizan près de la ville d’Uzjice en Serbie, le 13 novembre 2009 dans les entrepôts Arsenal-31 près de la ville d’Ulianovsk en Fédération de Russie, etc. (…)
Un point peut-être encore plus important oublié dans le débat environnemental concerne les effets à long terme des matériels dangereux qui subsistent dans les pays ravagés par la guerre longtemps après le départ des forces armées. Ces incidences sur l’environnement sont souvent les plus difficiles à détecter si aucune attention particulière ne leur est accordée. étant donné que c’est à la guerre moderne que l’on doit l’utilisation des produits chimiques les plus manifestement nocifs, il existe peu d’études de cas donnant des résultats fiables sur la question.

Déchets militaires dangereux
Pour certaines régions d’Europe orientale, les conséquences environnementales de l’après-guerre portent sur plusieurs secteurs écologiques et constituent toujours une grave menace pour l’approvisionnement en eau, la qualité de l’air et la sécurité des populations qui y vivent. étant donné l’occupation soviétique qui a précédé, les pays concernés se retrouvent avec des bases militaires abandonnées, des armes non détectées et des déchets nocifs et radioactifs. En outre, ces problèmes sont aggravés par une réglementation laxiste. à elle seule, la Moldavie se heurte aujourd’hui à la difficulté de gérer 8 000 tonnes de déchets toxiques qui sont stockés en toute illégalité et de façon anarchique, entraînant une contamination de l’eau. Selon les chiffres à notre disposition, il y a aussi 20 000 tonnes d’armes et de munitions intransportables qui se trouvent en totalité sur le territoire de la Transnistrie. L’explosion de ces munitions provoquerait sans aucun doute une catastrophe humanitaire. En Ukraine, 2,5 millions de tonnes d’armes, de munitions et de déchets militaires sont abandonnées. Des déchets radioactifs gisent enfouis dans le sol de quatre des sites concernés. De plus, 39 % des eaux usées sont contaminées et 25 % retournent dans la nature. La Biélorussie, quant à elle, est confrontée à l’élimination des armements laissés par l’Union soviétique qui sont à la fois radioactifs et toxiques. Les pouvoirs locaux doivent maintenant nettoyer les hydrocarbures et les produits radioactifs abandonnés sur 300 000 hectares de sites militaires.

Méthodes de traitement et de stockage des déchets militaires radioactifs
Nombre de recommandations antérieures relatives au traitement de ces menaces environnementales ont négligé d’aborder les problèmes posés par le stockage de déchets à grande échelle. Ce processus de stockage lui-même peut aggraver les problèmes écologiques, être coûteux et inefficace.
Il n’est pas facile de recueillir des informations sur les déchets militaires en général et sur les déchets militaires radioactifs en particulier.
Pour les États-Unis, la Russie et plusieurs autres pays, il est devenu tentant d’envisager d’exporter tout simplement les déchets dangereux. Dans le cas de la Russie, la perspective de recettes futures tirées de l’importation de déchets a relégué au second plan les considérations de santé et de sécurité publiques. Moscou projette d’importer 20 milliards de tonnes de déchets radioactifs, de les stocker pendant plusieurs années, puis de les « retraiter », méthode qui n’est encore que vaguement définie. La Russie a défendu ce plan en qualifiant les déchets de matière première précieuse dont il serait possible d’extraire du plutonium pour faire fonctionner un type spécial de réacteur nucléaire. Se pose déjà un problème de plus en plus grave, à savoir le rejet à grande échelle de déchets militaires provenant de réacteurs dont le stockage dans la zone arctique de la Russie n’est toujours pas traité comme il convient. De nombreux pays du tiers monde envisagent d’importer des déchets comme source de revenus ; cependant, le déplacement des déchets ne permet pas de traiter le problème à l’échelon mondial. Pour choisir une méthode de stockage, il faut prendre en compte les incidences techniques de l’exploitation de sites de stockage et d’élimination sûrs ainsi que les questions financières liées au coût de leur sécurité, de leur déclassement, de leur décontamination et de leur dépollution.

Conclusion
Le problème des déchets militaires ne peut pas être traité uniquement au niveau national. C’est un problème commun à tous les pays européens. Il faut, par conséquent, mettre en place une politique et une méthodologie commune pour traiter cette question.
Il faudrait aussi étudier les possibilités de recyclage d’une partie de ces déchets militaires (notamment les métaux) vu la pénurie de ressources et la nécessité d’assurer un développement durable.
Il serait bon de mettre en place un nouvel organe européen ou international pour traiter cette question, coordonner les actions des États membres, coopérer avec les pays voisins de l’Europe pour garantir une utilisation des déchets militaires qui soit sans risque pour l’environnement et mettre en œuvre un mécanisme de contrôle. Il serait, en outre, utile que cet organe collabore avec la branche environnementale de l’OTAN et d’autres alliances militaires afin d’harmoniser les politiques et méthodes concernant l’utilisation des déchets militaires.

Notes
(1) 6 août 2010. Disponible sur : http://assembly.coe.int/Documents/WorkingDocs/Doc10/FDOC12354.pdf
(2) L’Assemblée parlementaire a déjà traité cette question dans sa Résolution 1612 (2008) sur les munitions chimiques ensevelies dans la mer Baltique.
(3) STANAG = STANdardisation AGreement.

Publié dans le magazine DIPLOMATIE N°47 (novembre-décembre 2010). Tous droits réservés.
Aucune reproduction n’est autorisée sans l’autorisation de l’éditeur (Areion Group).

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