Magazine DIPLOMATIE
Un autre regard sur le monde
Un autre regard sur le monde
8/07/09
Jared Diamond
Gallimard, coll. Folio essais, Paris, février 2009, 873 p.
Dans ce livre, au titre anxiogène, l’auteur décrypte l’effondrement des sociétés passées (les Incas, les Vikings, etc.), la fragilisation des sociétés présentes (Rwanda, Haïti et Saint-Domingue) et les recettes de celles qui ont su enrayé leur chute (la Nouvelle-Guinée, le Japon de l’ère Tokugawa, etc.), pour finalement dégager cinq facteurs traditionnels de liquidation des sociétés : des dommages environnementaux; un changement climatique ; des voisins hostiles et des rapports de dépendance avec des partenaires commerciaux ; les réponses apportées par une société, selon ses valeurs propres, à ces problèmes. La bonne nouvelle reste peut-être qu’aucun cas d’effondrement de société ne serait attribuable qu’aux seuls dommages écologiques.
8/07/09
Amin Maalouf
Grasset, Paris, mars 2009, 314 p.
Dans cet essai ambitieux, Amin Maalouf porte un regard sévère sur notre monde et ses dérèglements, qu’ils soient intellectuel, financier, climatique, géopolitique ou encore ethnique. Pour lui, le dérèglement du monde tient moins à une « guerre des civilisations » qu’à l’épuisement simultané de toutes nos civilisations, et notamment des deux ensembles culturels dont il se réclame lui-même, à savoir l’Occident et le monde arabe. Le premier, peu fidèle à ses propres valeurs ; le second, enfermé dans une impasse historique. Développé autour de trois grandes parties aux relents sceptiques – « Les victoires trompeuses », « Les légitimités égarées », « Les certitudes imaginaires » – l’ouvrage ne tombe pourtant pas dans un fatalisme improductif, et s’achève sur une note d’espoir : la période tumultueuse dans laquelle nous entrons pourrait nous amener à déterminer une vision enfin adulte de notre avenir commun sur Terre. Une réflexion qui devrait intéresser chacun de nous.
8/07/09
Hélène Blanc et Renata Lesnik
Seuil, Paris, mars 2009, 354 p.
De la Tcheka de 1917 au KGB-FSB de Poutine, en passant par les énigmes Beria et Andropov, Hélène Blanc et Renata Lesnik jettent un regard lucide sur la Russie actuelle en dévoilant comment les services secrets ont servi les intérêts de l’URSS puis de la Russie tout en manipulant l’Occident, pour finalement s’imposer comme système politique dominant : la «Dynastie KGB » du couple Poutine- Medvedev. Une étude qui s’adresse particulièrement aux dirigeants et citoyens européens : du fait de leur dépendance énergétique croissante et de l’extension de leurs frontières à l’Est, il serait temps qu’ils apprennent à connaître les véritables intentions de ce proche voisin, souvent qualifié d’« imprévisible » par manque de connaissances. Le conflit géorgien aura été un premier avertissement, quelle sera la prochaine étape ? Aucune naïveté n’est plus permise. Un ouvrage très documenté et actualisé où la parole est souvent donnée aux acteurs et témoins directs.
8/07/09
Nicolas Arpagian
Paris, Vuibert, mars 2009, 251 p.
Quarante ans après sa création, Internet est un outil familier qui fait partie de notre vie quotidienne. Mais il est aussi le théâtre d’une cyberguerre dont le nerf est l’information. Nulle collectivité nationale souhaitant être dotée d’une réelle stratégie de sécurité et de puissance ne saurait l’ignorer. Cet ouvrage pédagogique, accessible au plus grand nombre, explique les enjeux d’Internet et met en lumière les opérations de déstabilisation menées tant par les gouvernements que par les multinationales et les militants de tous bords.
8/07/09
Pierre-Jean Luizard
CNRS éditions, Paris, mars 2009, 566 p.
Spécialiste d’histoire contemporaine de l’islam au Proche et au Moyen-Orient, Pierre-Jean Luizard s’interroge sur les origines de la « question irakienne » à partir d’un constat de base : pourquoi un pays possédant autant de richesses naturelles et démographiques est-il le théâtre de tant de tragédies depuis trente ans ? Remontant à la création de l’Irak en 1920 par le colonisateur anglais, l’auteur nous montre comment les circonstances de la fondation de cet Etat-nation, inspiré par la pratique européenne et imposé par la force face au projet islamique transnational des religieux, ont conduit à l’exclusion des chiites puis des Kurdes, et à l’instabilité actuelle. Il restitue le rôle des ayatollahs chiites, longtemps occulté par les historiens occidentaux et irakiens, pour expliquer les actions et l’influence de cette communauté jusqu’à nos jours. Il démontre ainsi comment les turbulences de ce pays né sur les ruines de l’Empire ottoman remontent bien au-delà du régime de Saddam Hussein. Un ouvrage universitaire très complet alimenté de nombreuses cartes, illustrations et annexes, ainsi que d’une longue bibliographie sélective.
7/07/09
« Oubliez tous ceux qui vous parlent d’un retour sur la Lune et vous poussent vers Mars, on ne peut vraiment pas se le permettre » (1). Deux ans après cette déclaration de celui qui allait devenir le quarante-quatrième président des États-Unis, les déclarations ambitieuses américaines, mais également européennes, en faveur de la conquête spatiale semblent se réduire encore, crise financière aidant. Cela signifie-t-il que l’humanité est définitivement clouée sur Terre ? Toute l’ambition de ce numéro hors série de Diplomatie est de montrer l’importance géopolitique et géostratégique de l’espace. Xavier Pasco (maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique) en donne un large aperçu, que complète l’analyse de Jacques Villain (historien de la conquête spatiale) ainsi que la présentation de l’épisode de la « guerre des étoiles » par Alain Dupas (spécialiste des stratégies et technologies spatiales). Ces analyses montrent clairement que l’aventure humaine dans l’espace est systématiquement liée à la guerre et à la diplomatie. Une puissance, grande ou moyenne, ne peut se permettre de nourrir une politique spatiale timide, comme l’indique Géraldine Naja-Corbin (responsable des Affaires institutionnelles et des Études stratégiques de l’ESA) pour l’Europe. Le réseau français de surveillance des objets spatiaux GRAVES, présenté par Thierry Michal (directeur du département Prospectives de l’ONERA) en est la démonstration. Reste que cette aventure présente des coûts très élevés, même pour des programmes déjà anciens comme ceux liés à la conquête de la Lune, comme l’indique Philippe Achilléas (spécialiste du droit de l’espace). Mazlan Othman (directrice du Bureau des affaires spatiales des Nations Unies) et François Xavier Deniau (représentant permanent de la France auprès de l’Office des Nations Unies) évoquent également le coût environnemental qui pèsera lourdement sur l’aventure spatiale, compte tenu du nombre de débris qui entourent la Terre. À défaut des États-Unis, il se trouvera forcément une puissance pour déclarer son intérêt pour l’aventure spatiale et pour ne pas lâcher le flambeau de la conquête, comme l’indique clairement Alexandre Orlov, ambassadeur de Russie à Paris. L’année 2009 est certes une date anniversaire, mais risque surtout de marquer un tournant dans la liste des concurrents de la course à l’espace.