Diplomatie n°33

La publication récente du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale (1) constitue un événement d’importance pour tous ceux qui s’intéressent à la politique étrangère de la France (2). Car au-delà de la diplomatie « molle », pétrie de bonnes intentions et noyée dans la langue de bois, la capacité d’influence et de décision d’une nation en dehors de ses frontières exige le soutien d’instruments effectifs de coercition, seuls capables d’incarner la réalité d’une véritable politique internationale. Or, il n’est de véritable coercition sans possession de moyens technologiques et humains capables de frapper vite et loin, avec précision et détermination. Dans le cadre de notre politique étrangère, les forces armées françaises remplissent ce rôle, davantage encore depuis la fin du Pacte de Varsovie et l’éloignement du risque d’attaque conventionnelle « massive » contre le territoire national. Nos militaires incarnent ainsi, de la Côte d’Ivoire à l’Afghanistan, de la RDC au Liban, la réalité concrète de notre puissance à l’étranger. Dès lors, les réformes capacitaires annoncées par le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale sont naturellement amenées à affecter la réalité effective de cette diplomatie. La construction d’un second porte-avions, en complément du Charles-de-Gaulle (dont la disponibilité opérationnelle ne dépasse pas 65 %) cristallise cette imbrication entre les moyens dont dispose la rue Saint Dominique, et les ambitions nourries par le quai d’Orsay. Instrument essentiel de notre politique étrangère depuis le début des années 1960, le groupe aéronaval français incarnait jusqu’il y a peu de temps encore cette capacité à rendre crédible, par l’usage possible de la force, les grandes orientations de notre politique étrangère (3). Ce fut notamment le cas, grâce au Foch et au

Clemenceau, entre 1974 et 1978 en mer Rouge pour la protection de l’accession à l’indépendance de Djibouti (opération Saphir), entre 1982 et 1984 en Méditerranée orientale lors de la guerre civile libanaise (opération Olifant), ou encore entre 1993 à 1999 dans l’Adriatique lors de l’engagement français en ex-Yougoslavie dans le cadre de la FORPRONU, de la SFOR, et de la KFOR (opérations Balbuzard puis Salamandre). En la matière, il est dommage de constater que les membres de la commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale et leurs homologues du Livre blanc sur la politique étrangère et européenne de la France (dont la parution est proche) ont été amenés à travailler chacun de leur côté, sans véritable concertation ni vision d’ensemble. Un peu plus de porosité entre les réfl exions de ces deux commissions aurait sans doute permis d’aboutir à un résultat peut-être moins conforme aux exigences à court terme de Bercy, mais sans doute plus en phase avec ce que les Français attendent réellement de leur diplomatie.

(1) Un dossier spécial y est consacré dans le n° 39 de septembre 2008 du magazine DSI (Défense & Sécurité Internationale) disponible en kiosque.
(2) Voir le numéro hors série de Diplomatie (n° 06, juin-juillet 2008, 100 pages) consacré à la politique étrangère de la France du Moyen Âge à nos jours (pour le commander : bon de commande infra, page 29).
(3) À ce sujet, voir le numéro spécial de DSI (collection « Dossiers & Documents », mai 2008, 68 pages) intitulé : Apport des capacités navales dans le système de défense et de sécurité nationales (pour le commander : bon de commande infra, page 28).

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Diplomatie n°32

Les Balkans constituent traditionnellement un facteur de discorde, et donc d’affaiblissement géopolitique, entre puissances européennes. Depuis une vingtaine d’années, cette zone géographique ethniquement si complexe apparaît comme le triste révélateur de l’incapacité d’une Union européenne qui peine à agir en véritable puissance internationale, indépendante et unie. La déclaration d’indépendance de la Slovénie, le 23 décembre 1990, dévoila en effet de profondes divergences entre gouvernements allemands et français quant à l’avenir de la fédération yougoslave. De même, l’accession à l’indépendance du Kosovo, le 17 février 2008, provoqua de nouvelles divisions au sein de l’Union européenne (1). Cet événement géopolitique majeur, dont la portée stratégique fut quelque peu sous-estimé dans les principaux médias européens, pose en réalité plus de problèmes qu’il n’en résout. Il marque un alignement géostratégique d’une grande partie de l’Europe sur la politique étrangère américaine dans cette région du monde. Il est également porteur d’un message aux contours mal taillés. « L’Occident », jadis si prompt à fonder (dans les discours) sa puissance sur le droit international, se retrouve désormais en situation d’affaiblir l’ONU en passant outre la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations Unies (2) ainsi que les accords de 1990 sur la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Et même si le droit international demeure souvent bien plus flou qu’on ne l’imagine en la matière, la position des Américains et des Européens aboutit de fait au dépeçage d’un État (la Serbie) aux frontières internationalement reconnues, lui-même membre des Nations Unies. Certes, le souvenir des exactions serbes durant les années 1990 marque encore, à juste titre, l’esprit de nombreux dirigeants occidentaux. Plus encore, la volonté par les Américains de contrôler cet espace stratégique, toute en affaiblissant l’influence russe dans la région, semble constituer le fil conducteur d’une accession à l’indépendance qui n’a de réelle que le nom. Ne pouvant bénéficier de la reconnaissance de l’ONU, restant dans l’incapacité de garantir seul l’intégrité de ses frontières, et disposant d’une économie anémiée et gangrénée par la corruption, le Kosovo demeurera pendant de longues années encore un État artificiel, sous protectorat américain (3), sans autres ressources financières que celles issues de l’aide étrangère et des mafias locales. Au-delà, il marque l’échec de l’Union européenne, incapable d’envisager indépendamment des États-Unis et de la Russie, par la voie diplomatique et économique, une solution à long terme assurant la coexistence pacifique des Serbes et des Kosovars, dans la perspective d’une intégration à moyen terme au sein de l’UE. De fait, les Européens se trouvent désormais aux premières loges pour assister à ce qui pourrait être l’une des plus importantes vagues de recomposition ethnique dans la région, avec son lot de combats, de massacres et d’épurations ethniques. Comment refuser, en effet, aux Serbes et aux Croates de Bosnie ce qui fut accordé aux Albanais du Kosovo ? Sans parler des revendications des Albanais de Macédoine, des Hongrois de Voïvodine, des Bulgares et des Grecs de Macédoine…

(1) L’Espagne, la Roumanie ou encore Chypre refusant de reconnaître ce nouvel État.
(2) Cette résolution rappelle l’intégrité du territoire serbe et déclare que le Kosovo est une province serbe provisoirement administrée par la communauté internationale.
(3) Les États-Unis sont le principal employeur du pays, via la base américaine de Camp Bondsteel. Quartier général de la Multinational Task Force East (MNTF-E) de l’OTAN, elle abrite en permanence 7 000 militaires de la KFOR. Elle constitue par ailleurs la plus grande base américaine en dehors du territoire américain, s’étendant sur plus de 3 800 km2 à proximité de la capitale kosovare.

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Diplomatie n°31

« Aujourd’hui, nous honorons les populations aborigènes de cette terre, représentants des plus anciennes cultures ininterrompues de l’histoire de l’humanité. Nous méditons sur les mauvais traitements dont elles ont été victimes autrefois.
Nous méditons plus particulièrement sur les mauvais traitements de ceux qui appartiennent aux générations volées, cette souillure dans l’histoire de notre nation.
Le temps est venu pour notre nation d’ouvrir une nouvelle page dans l’histoire de l’Australie en corrigeant les erreurs du passé afin d’aller de l’avant en confiance.
Nous demandons pardon pour les lois et politiques promulguées et mises en œuvre par les parlements et gouvernements successifs, qui ont infligé tant de peine, de souffrance et de perte à nos compatriotes. Nous demandons pardon, en particulier, pour la séparation des enfants aborigènes et des îles du détroit de Torres de leur famille, de leur communauté et de leur pays. »
Ce discours émouvant et sincère prononcé par le nouveau Premier ministre australien Kevin Rudd devant le Parlement à Canberra, le 13 février dernier, constitue une leçon à méditer en ces périodes de repentances à répétition, souvent malhabiles et parfois sinistrement électoralistes. Un début de retrouvailles, en quelque sorte, entre ces descendants des colons britanniques et les premiers habitants du continent australien, dont la population a été divisée par deux depuis 1788 et qui, par la fiction juridique de cette île-continent (terra nullius), étaient relégués jusqu’il y a encore quelques années au statut surréaliste de peuple « invité »… sur leurs propres terres.

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Soft Gouvernance

Xavier Comtesse
Fondation pour Genève, Genève, avril 2007, 123 p.
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L’observatoire de la Fondation pour Genève publie une collection de quatre cahiers destinés à décrire le changement qui s’opère dans la gouvernance mondiale. Ce premier cahier dédié à la « soft gouvernance » s’organise selon trois axes : « l’émergence d’une nouvelle gouvernance » (définition du soft power, de la soft gouvernance, les moteurs du changement) ; « les acteurs du changement témoignent » (Joseph Nye, Daniel Vasella, Jakob Kellenberger, Luzius Wasescha, Roger de Weck et Martine Brunschwig Graf) ; et « un lieu de référence pour penser le monde » (bref historique, l’ère moderne, les nouveaux médias, l’avenir de la gouvernance, l’émergence de la « diplomatie intellectuelle »). Ce cahier réunit à la fois des analystes et des acteurs de cette « soft gouvernance » et constitue de ce fait un outil tout à fait fondamental pour comprendre l’évolution des concepts, jusqu’à cette « diplomatie intellectuelle » dont les États commencent à s’accommoder. Les trois autres cahiers devraient prolonger la réflexion : n° 2 « le multistakeholder », n° 3 les « processus et méthodes » et le n° 4 « l’agenda ».

Le Dessous des cartes. Atlas d’un monde qui change.

Jean-Christophe Victor, Virginie Raisson et Frank Tétart
Autrement, Paris, 2007, 207 p.

Deux ans après la parution de son premier atlas au format papier, et forte de son succès, l’équipe du Dessous des cartes renouvelle l’opération en modifiant la perspective : il s’agit de capter les mouvements, ceux occasionnés par la mondialisation et les nouveaux rapports de force. La perspective est donc tout à fait différente et complémentaire, cet atlas adoptant une approche thématique et non géographique. Clair, abordable et exhaustif, un atlas à ne pas manquer.

Apocalypse 2012

Lawrence E. Joseph
Michel Lafon Editions, Paris, 2007, 304 p.

Réalisé sous forme d’enquête, l’auteur est parti à la découverte de l’apocalypse. En effet, l’homme spécule depuis toujours la date probable de l’extinction de son espèce. Or de l’avis de beaucoup de personnes, 2012 semble être une année charnière qui sonnera le glas de notre civilisation ou qui marquera l’avènement d’une ère nouvelle. L’auteur apporte donc un éclairage inédit sur ces différents éléments qui appuient la thèse de 2012. Des calendriers mayas au nuage énergétique interstellaire, tout y est expliqué !