La planète émiettée. Morceller et lotir, un nouvel art de dominer

François Thual
Ed. Arléa, 2002, 155 p.

L’auteur met en perspective l’apparition de nouveaux Etats (plus de deux cents aujourd’hui contre une cinquantaine au début du siècle dernier) avec la stratégie classique des grandes puissances : diviser pour régner. Les inégalités de poids géopolitique entre les Etats est stigmatisée par le recours à une terminologie très évocatrice : « nouvelle catégorie d’Etats HLM », « marqueterie d’Etats moignons », etc. Au delà, l’auteur propose une analyse complexe qui se nourrit d’un grand nombre d’études de cas historiques et géographiques. En attirant l’attention sur cet émiettement, François Thual ouvre le débat à la prospective : « Le monde sera-t-il une addition d’Etats semblables à des archipels coralliens ? Sera-t-il devenu une Polynésie d’Etats enkystés dans leurs prérogatives identitaires ? Sera-t-il apaisé par l’accès généralisé de tous les peuples à la structure de l’Etat-nation.

Guerre et stratégie. Les Cahiers du Numérique, Vol 3

Jean-Maris Noyer
Editions Hermès-Lavoisier, 2002, 199 p.

Ce numéro des Cahiers du Numérique interroge la place des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans la guerre et la stratégie à travers trois perspectives : les nouvelles orientations stratégiques (l’exemple américain), les problèmes tactiques et stratégiques et les effets de la part croissante de la géoéconomie. L’ensemble éclaire avec intelligence et sans parti-pris une question d’actualité.

Vers une « grande transformation stratégique américaine ? », Cahier d’Etudes stratégiques n°31

Saïda Bédar
CIRPES-EHESS, 2001, 108 p.

Les textes des chercheurs du Groupe de sociologie de la Défense/CIRPES embrassent le renouvellement de la stratégie américaine après le 11 septembre 2001 à travers cinq thématiques principales : l’asymétrie, la révision du débat stratégique américain, la réévaluation stratégique et capacitaire des forces expéditionnaires, la militarisation de l’espace et la surveillance ubiquitaire informatique. L’ensemble, accompagné d’une bibliographie et d’un glossaire, offre une excellente synthèse du débat stratégique américain en 2000-2001.

Les territoires de l’opium, conflits et trafics du triangle d’or et du croissant d’or

Pierre-Arnaud Chouvy
Editions Olizane, 2002, 539 p.

L’ouvrage se propose de fournir une « lecture géopolitique de la genèse des territoires de l’opium ». L’auteur ancre son ouvrage sur les effets de l’opium et les pratiques culturales qui lui ont été associées dans une région où le développement du pavot est un phénomène relativement récent. L’auteur s’attache aux configurations géographiques de ces productions, depuis les données physiographiques de cette zone montagneuse de la Turquie au Vietnam, jusqu’aux contextes politiques favorables (comme la prohibition, qui apparaît à l’origine de la problématique mondiale de l’économie des drogues). Les implications de certains facteurs politiques jouent un rôle prééminent : isolement et isolationnisme en Birmanie et en Afghanistan, adoption/rejet de modèles occidentaux, exclusion de populations périphériques, etc. A partir des situations afghane et birmane, l’ouvrage tend à prouver que les éléments politiques priment largement sur les mécanismes économiques dans le développement de l’économie de l’opium, comme le montre la nette réorientation des itinéraires du narco-trafic  consécutivement à la réouverture de frontières longtemps fermées. Les conclusions de l’ouvrage ne cessent de nous interroger sur les conséquences de ce commerce : « En Asie, le pavot à opium prolifère en effet désormais plus sur les ruines de la guerre et de l’exclusion que sur le terreau du sous-développement ».

La sécurité internationale. D’un siècle à l’autre.

Michèle Bacot-Décriaud, Jean-Paul Joubert et Marie-Claude Plantin
Editions L’Harmattan, collection Raoul-Dandurand, 2002, 411 p.

Les nombreuses contributions présentées dans ce livre rendent compte du souhait de dresser un « bilan de l’évolution des question de sécurité au XXème siècle ». A la fois chronologique et conceptuelle, l’organisation de l’ouvrage permet un panorama très complet des questions de sécurité entre 1899 et 1999. L’ensemble compose une importante référence universitaire.

L’Amérique en armes. Anatomie d’une puissance militaire.

Vincent Desportes
Editions Economica, 2002, 348 p.

Vincent Desportes présente de manière exhaustive les différentes composantes de la culture stratégique américaine : la construction nationale qui conduit à la constitution d’un « trait de caractère », la géographie comme cause d’une vision de la guerre particulière, les rapports entre la population et l’armée et les concepts qui ont forgé cette culture militaire. Une fois évoqué le socle de cette puissance, l’auteur accorde une place importante à ces manifestations, de la simple capacité d’adaptation des moyens aux fins fixées à la stratégie de victoire décisive et d’offensive. Enfin, Vincent Desportes évoque une série de faiblesses structurelles. Vincent Desportes, officier de l’armée blindée livre dans cet ouvrage la réflexion d’un spécialiste tant des questions militaires (son métier) que des Etats-Unis (diplômé du War College). Loin des clichés généralistes, L’Amérique en armes offre au lecteur tous les outils de compréhension de la puissance d’un Etat trop souvent critiquée mais trop peu analysée.